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tous ces endroits. Je vous enverrai mes dessins ou le récit de mon voyage ou un poème. Je veux faire parler de moi.

— C’est possible, mais pas à propos de dessins. Vous n’irez pas en Suisse ; votre oncle et votre tante ne vous laisseront jamais quitter l’Angleterre.

— Ils peuvent être amenés à voyager eux-mêmes ; il est très possible qu’un climat chaud soit ordonné à ma tante. J’ai idée que nous irons tous à l’étranger ! J’ai besoin d’un changement. Je suis fatigué de l’Angleterre et je partirais demain si je le pouvais.

— Vous êtes fatigué de la prospérité et du bien-être ! Découvrez-vous quelques soucis et restez !

— Vous vous trompez ; je ne me considère nullement comme un être privilégié : je suis contrecarré en tout.

— Vous n’êtes cependant pas aussi malheureux que vous l’étiez en arrivant. Allez tremper encore un biscuit dans du madère et vous serez tout à fait remis !

— Non, je ne bougerai plus ; je resterai près de vous ; je ne connais pas de meilleur remède

— Nous allons à Box Hill demain. Vous viendrez avec nous ; sans doute, ce n’est pas la Suisse, mais c’est toujours un pis aller pour un jeune homme qui éprouve l’impérieux besoin d’élargir son horizon ! Vous resterez ici ce soir et vous viendrez avec nous, n’est-ce pas ?

— Il faut que je rentre ce soir. Il fera frais ; ce sera très agréable.

— Mais vous pouvez revenir demain matin de bonne heure ?

— Ce n’est pas la peine ; si je viens, je serai de mauvaise humeur.

— Dans ce cas, je vous prie, demeurez à Richmond.

— Mais si je reste, ce sera pire. Je ne pourrai jamais supporter la pensée de vous savoir tous là-bas sans moi.

— Vous êtes seul juge en cette affaire ; optez entre les deux maux ! Je vous laisse libre.

Les promeneurs arrivèrent bientôt : pour quelques-uns d’entre eux ce fut un grand plaisir d’apercevoir Frank Churchill ; d’autres demeurèrent plus calmes, mais l’absence de Mlle