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trop sincèrement pour être injustes ou sévères ; mais permettez-moi, Monsieur Knightley, — je me considère, vous le savez, comme ayant un peu le privilège de parler au nom de la mère d’Emma, – de vous suggérer les inconvénients qui pourraient surgir de la mise en discussion parmi vous de l’amitié d’Emma pour Harriet. En supposant qu’il y ait, en effet, quelque chose à redire à cette intimité, il est peu probable qu’Emma qui ne doit compte de sa conduite à personne qu’à son père, se montre disposée à renoncer à une relation qui lui plaît. Pendant tant d’années, il a été dans mes attributions de donner des conseils que vous ne serez pas surpris, j’espère, si je n’ai pas tout à fait perdu cette habitude professionnelle.

— Du tout, et je vous remercie ; c’est un bon conseil et il aura un meilleur sort que ceux que vous donniez autrefois, car il sera suivi !

— Mme Jean Knightley se tourmente facilement et je craindrais de lui voir prendre l’affaire trop à cœur.

— Soyez satisfaite : je ne jetterai pas le cri d’alarme. J’éprouve pour Emma un sentiment de sincère intérêt auquel se mêle un peu d’inquiétude. Je me demande quelle sera sa destinée !

— Cette question me préoccupe beaucoup aussi.

— Elle déclare toujours qu’elle ne se mariera jamais, ce qui, naturellement, ne signifie rien ; mais elle n’a pas, je crois, rencontré encore un homme qui lui plaise. Je ne vois personne ici qui puisse lui inspirer de l’attachement, et elle s’absente si rarement…

— Il ne semble pas en effet qu’il y ait pour l’instant grand risque de lui voir rompre son vœu et aussi longtemps qu’elle sera si heureuse à Hartfield je ne puis souhaiter de voir sa situation se modifier, par égard pour ce pauvre M. Woodhouse. Je ne me fais pas l’avocat du mariage auprès d’Emma pour le moment, bien que je ne puisse être soupçonnée d’avoir des préjugés contre cette institution !