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verait consolidée : l’horizon s’éclaircissait de tous côtés ; Henriette devenait raisonnable, Frank Churchill était moins amoureux et M. Knightley paraissait disposé à la conciliation.

Au détour d’une allée, Henriette apparut soudain ; elle portait un petit paquet à la main ; après diverses allusions émues aux plaisir de la veille, elle prit un air sérieux et dit avec un peu d’hésitation :

— Mademoiselle Woodhouse, si vous avez le temps, je désire vous entretenir en particulier ; j’ai une sorte de confession à vous faire.

Emma fut assez surprise et pria son amie de s’expliquer sans retard.

— C’est mon devoir assurément, reprit Henriette, de ne pas vous cacher le sentiment que j’éprouve aujourd’hui. Vous avez subi bien souvent le contre-coup de mes tourments et il est juste que vous ayez la satisfaction de me savoir guérie. Je ne veux pas m’étendre inutilement sur ce sujet, car j’ai honte de m’être laissé aller comme je l’ai fait. Vous me comprenez, j’en suis sûre !

— Oui, reprit Emma, je l’espère.

— Comment ai-je pu m’abuser si longtemps ? Mon aveuglement me semble de la folie. Je ne vois rien d’extraordinaire en lui, maintenant. Il m’est parfaitement indifférent de le rencontrer ou non ; toutefois je préfère ne pas le voir. Je n’envie plus sa femme le moins du monde ; je ne l’admire plus comme je l’ai fait : elle est charmante, je n’en doute pas, mais je la trouve très désagréable ; je n’oublierai jamais le regard qu’elle m’a lancé ! Néanmoins, je vous assure, Mademoiselle Woodhouse, je ne lui souhaite aucun mal. Je n’éprouve plus aucune émotion à la pensée de leur bonheur. Pour vous convaincre de la sincérité de mes assertions, je vais détruire en votre présence ce que je n’aurais jamais dû conserver. Ne devinez-vous pas le contenu de ce paquet ?

— Pas le moins du monde. Vous a-t-il jamais fait un présent ?