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Frank Churchill sursauta et dit d’un air mécontent :

— Jane ! c’est facile à dire, mais je ne pense pas que Mlle Fairfax approuve cette familiarité.

Emma sourit.

— Comment, murmura-t-elle, trouvez-vous Mme Elton ?

— Elle ne me plaît pas.

— Vous êtes un ingrat ?

— Ingrat ! Que voulez-vous dire ?… Ne me donnez pas d’explications. Je ne veux pas comprendre votre allusion. Où est mon père ? Il serait temps de commencer à danser ?

Il s’éloigna et revint au bout de cinq minutes, accompagné de M. et Mme Weston ; ils avaient débattu une question de préséance qu’on venait soumettre à Emma :

— Mme Elton s’attend évidemment à ouvrir le bal, dit Mme Weston, nous sommes désappointés, ma chère Emma, de ne pouvoir écouter notre désir de vous donner le pas sur tout le monde et, circonstance aggravante, c’est à Frank qu’incombe le devoir d’offrir la main à la nouvelle mariée.

Frank se tourna aussitôt vers Emma pour lui rappeler sa promesse ; il se déclara engagé, et son père, lui donna son entière approbation. Mme Weston proposa alors que M. Weston lui-même dansât avec Mme Elton, et celui-ci se laissa persuader.

En conséquence, Emma dut se résigner à marcher derrière Mme Elton ; cette subordination lui fut d’autant plus sensible qu’elle considérait le bal comme donné en son honneur. Dans cet instant, les avantages conférés par le mariage lui parurent dignes d’être pris en considération.

Malgré ce petit accroc, Emma contemplait avec plaisir la longue file de danseurs. Elle chercha des yeux M. Knightley ; celui-ci se tenait dans le groupe des maris et des joueurs de whist, qui faisaient semblant de s’intéresser au bal, en attendant le moment de prendre place aux tables de jeu ; sa haute silhouette se détachait au milieu des formes lourdes des hommes plus âgés dont il était entouré ; il fit quelques pas en avant, et sa démarche aisée prouvait qu’il aurait pu danser avec grâce, s’il avait voulu en prendre la peine. Toutes les fois qu’Emma rencontrait le regard de M. Knightley elle le