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Lisez-la : elle est très courte. Donnez-en communication à Emma. »

Les deux femmes parcoururent rapidement la lettre. M. Weston se tenait debout devant elles et continuait à leur parler, en élevant suffisamment la voix pour être entendu de tout le monde.

— Ce sont de bonnes nouvelles, n’est-il pas vrai ? Anne, ma chère, vous ne vouliez pas me croire quand je prévoyais son retour prochain ! Du moment que Mme Churchill a le désir de venir à Londres, elle mettra son projet à exécution sans délai. Ils ne tarderont pas à arriver et nous aurons Frank à notre portée ; il passera la moitié de son temps avec nous. Je ne pouvais désirer rien de mieux. Naturellement la maladie de Mme Churchill n’existait que dans son imagination ! Avez-vous fini ? Serrez la lettre ; nous en parlerons plus tard.

Mme Weston fut tout à fait satisfaite ; ses félicitations furent sincères et abondantes ; mais Emma ne put pas parler si facilement ; elle était occupée à peser ses propres sentiments et à mesurer le degré de son agitation et de son trouble. M. Weston toutefois, trop absorbé pour observer, trop communicatif pour écouter parler les autres, se contenta parfaitement des sentiments de sympathie qu’elle exprima, et ne tarda pas à s’éloigner afin de résumer au profit de la compagnie le discours que celle-ci venait d’entendre in-extenso. M. Woodhouse et M. Knightley furent les premiers à être mis au courant : ils manifestèrent une joie extrêmement modérée, mais M. Weston persuadé à l’avance de la satisfaction générale ne se donnait pas la peine d’en vérifier les effets chez chacun de ses interlocuteurs. Il s’approcha ensuite de Mlle Fairfax, mais celle-ci était absorbée dans une conversation avec M. John Knightley et il ne lui fut pas possible de l’interrompre. Il s’assit alors auprès de Mme Elton dont l’attention était disponible et se mit naturellement à l’entretenir du sujet d’actualité.