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– c’est un de nos domestiques, mais je ne me rappelle pas son nom – demandera les siennes et les lui apportera ; de cette façon toutes les difficultés seront aplanies. Vous n’aurez pas de scrupule, je pense, ma chère Jane, à accepter ce petit service, venant de moi ?

— Vous êtes extrêmement bonne, répondit Jane, mais je ne puis pas renoncer à ma promenade du matin. Il m’est ordonné de sortir le plus possible ; le bureau de poste est un but de promenade ; du reste, il pleut rarement.

— Ma chère Jane, n’en parlons plus : la chose est décidée, sous réserve pourtant de mon seigneur et maître. Mme Weston, vous et moi, n’est-il pas vrai ? sommes tenues à une certaine circonspection. Mais je me flatte, ma chère Jane, que mon influence n’est pas tout à fait nulle.

— Excusez-moi, reprit Jane, mais je ne puis en aucune façon souscrire à un arrangement qui causerait une perte de temps aussi inutile à votre valet de pied. Si cette commission n’était pas un plaisir pour moi, rien ne serait plus facile que de la confier – comme cela a lieu pendant mon absence – à la domestique de ma grand’mère.

— Mais, ma chère, Pattry est si occupée ! Donner de l’ouvrage à nos domestiques, c’est, au contraire, faire œuvre pie !

La résolution de Jane ne paraissait nullement ébranlée, mais au lieu de répondre, elle se tourna vers John Knightley et reprit l’entretien interrompu :

— La poste est une merveilleuse institution, dit-elle, quelle régularité et quelle rapidité ! On reste confondu à la pensée des multiples services qui lui incombent et dont elle se décharge à notre satisfaction.

— Certainement ; tout est fort bien réglé.

— Parmi les innombrables lettres qui circulent dans le royaume ; fort peu prennent une fausse direction et peut-être pas une, sur un million, ne se perd. C’est d’autant plus surprenant que les suscriptions informes ou peu lisibles abondent.