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faim et elle préfère les pommes au four à tout autre mets. Précisément, ces jours derniers, j’ai eu l’occasion de parler avec M. Perry et il m’a confirmé la valeur nutritive de cet aliment. J’ai du reste entendu M. Woodhouse recommander une pomme au four ; c’est la seule manière d’accommoder ce fruit, qu’il préconise. Eh bien, avons-nous gagné notre cause ? Vous allez, j’espère, nous accompagner.

— Je serai très heureux de présenter mes hommages à Mme Bates, répondit Emma.

Elles quittèrent finalement le magasin non sans que Mlle Bates eût ajouté :

— Comment allez-vous, Mme Ford ? Excusez-moi, je ne vous avais pas aperçue. Vous avez, paraît-il, reçu de la ville un charmant assortiment de rubans. Jane est revenue enchantée hier soir. Je vous remercie, les gants vont parfaitement ; un peu larges seulement autour du poignet et Jane est en train de les arranger.

Dès qu’elles furent dans la rue, Mlle Bates reprit :

— Qu’est-ce que je disais ?

Emma se demanda comment la bonne demoiselle parviendrait à faire un chois dans cette inextricable confusion.

— Ah ! oui, je parlais des lunettes de ma mère ! M. Frank Churchill fit preuve d’une extrême obligeance ! « Je crois, dit-il, que je pourrais remettre cette vis ; j’aime beaucoup ce genre de travail. » Malgré tout le bien que j’avais entendu dire de lui, la réalité a de beaucoup dépassé mon attente. Je vous félicite bien sincèrement, Mme Weston ; il semble vraiment être le plus affectueux des parents… Je n’oublierai jamais sa manière d’agir relativement aux lunettes. Quand j’ai apporté les pommes avec l’espoir d’en faire accepter une à nos amis : « Ces pommes, dit-il immédiatement sont les plus belles pommes cuites au four que j’aie vues de ma vie ». Ce sont en effet des pommes exquises et Mme Wallis en tire tout le parti possible ; elle ne les met au four que deux fois ; M. Woodhouse nous avaient engagés à les faire passer trois fois au feu, aussi Mlle