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Le colonel Campbell est un homme charmant et Mme Campbell, une aimable femme, pleine de cœur ; je les aime tous.

— Vous êtes au courant, je suppose, de la situation de Mlle Fairfax ; vous n’ignorez pas la destinée qui l’attend ?

— Je crois, répondit-il avec un peu d’hésitation, savoir en effet…

— Vous abordez un sujet délicat Emma, dit Mme Weston en souriant, vous oubliez ma présence. M. Frank Churchill ne sait plus quoi dire quand vous parlez de la position sociale de Mlle Fairfax. Je vais m’éloigner un peu.

— Je me souviens seulement, reprit Emma en se tournant vers Frank Churchill, que Mme Weston a toujours été ma meilleure amie.

Il parut apprécier et honorer un tel sentiment. Les gants achetés, ils quittèrent le magasin et Frank Churchill demanda :

— Avez-vous jamais entendu Mlle Fairfax jouer du piano ?

— Je l’ai entendue chaque année de ma vie depuis nos débuts à toutes deux ; c’est une musicienne remarquable.

— Je suis content d’avoir une opinion autorisée. Elle me paraissait jouer avec beaucoup de goût mais, tout en étant moi-même très amateur de musique, je ne me sens pas le droit de porter un jugement sur un exécutant. J’ai souvent entendu louer son style et je me rappelle avoir remarqué qu’un homme très compétent, amoureux d’une autre femme, fiancé même, ne demandait jamais à celle-ci de s’asseoir au piano si la jeune fille dont nous parlons était présente. Cette préférence me paraît être concluante.

— On ne peut plus ! dit Emma très amusée. Alors M. Dixon est très musicien ? Nous allons en savoir plus long sur leur compte après une demi-heure de conversation avec vous, que nous en eussions appris au bout d’une année, à l’aide des révélations de Mlle Fairfax.

— Vous l’avez deviné, c’est bien à M. Dixon et à Mlle Campbell que je faisais allusion.