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comptais être rentré avant mon père mais celui-ci finit, après m’avoir attendu longtemps, par venir me chercher : j’étais là depuis trois quarts d’heure ! L’excellente demoiselle ne m’avait pas donné la possibilité de m’échapper.

— Et quelle mine avez-vous trouvé à Mlle Fairfax ?

— Mauvaise, très mauvaise ; du reste Mlle Fairfax est naturellement si pâle qu’elle donne toujours un peu l’idée de ne pas avoir une santé parfaite.

— Certainement le teint de Mlle Fairfax n’est pas éblouissant, mais en temps ordinaire il n’y a pas apparence de maladie ; à mon avis l’extrême délicatesse de l’épiderme donne un charme particulier au visage.

— J’ai entendu bien des personnes parler ainsi, mais pour ma part rien ne peut remplacer l’éclat de la santé ; si les traits sont ordinaires, un beau teint prête de l’agrément à l’ensemble, si, au contraire ils sont réguliers, l’effet s’en trouve considérablement rehaussé. Il est du reste tout à fait superflu que je m’applique à décrire le charme d’un visage parfaitement harmonieux.

— Il est inutile, interrompit Emma en souriant, de discuter sur les goûts. Enfin, à part le teint, vous l’admirez ?

Il se mit à rire et répondit :

— Je ne puis séparer Mlle Fairfax de son teint.

— La voyiez-vous souvent à Weymouth ?

À ce moment, on approchait de chez Ford et il dit avec vivacité :

— Ah ! Voici le magasin dont mon père m’a parlé et où, paraît-il, on vient journellement. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, nous pourrions entrer : je voudrais faire acte de citoyen d’Highbury en achetant quelqu’objet chez Ford ; il vend probablement des gants ?

— Oh ! oui, des gants et tout le reste. J’admire votre patriotisme. Vous étiez déjà très populaire comme le fils de M. Weston, mais si vous dépensez une demi-guinée chez Ford, votre mérite personnel ne fera de doute pour personne.

(À suivre.)