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— N’hésitez pas. Il convient, Frank, de vous montrer ici particulièrement attentif vis à vis de cette jeune fille ; vous l’avez connue chez les Campbell où elle se trouvait sur un pied d’égalité avec leurs amis, mais à Highbury elle habite avec sa vieille grand’mère qui possède à peine de quoi vivre : si vous n’alliez la voir dès votre arrivée on pourrait interpréter votre abstention comme un manque d’égards.

Le jeune homme s’inclina et parut convaincu.

— J’ai entendu Mlle Fairfax, dit Emma, faire allusion à votre rencontre ; c’est une personne fort élégante, n’est-il pas vrai ?

Il acquiesça avec un « oui » indifférent.

— Si vous n’avez jamais été particulièrement frappa par la distinction de ses manières, reprit-elle, vous le serez je crois aujourd’hui. Vous la verrez à son avantage et vous pourrez causer avec elle… Non, je me trompe, vous ne pourrez sans doute pas ouvrir la bouche, car elle a une tante qui parle sans discontinuer.

— Vous allez rendre visite à Mlle Fairfax, Monsieur ? intervint inopinément M. Woodhouse ; c’est une jeune fille accomplie ; elle habite en ce moment chez sa grand’mère et sa tante ; d’excellentes personnes que j’ai connues toute ma vie ; elles seront je suis sûr très heureuses de vous accueillir. Un de mes domestiques vous accompagnera pour vous montrer le chemin.

— Mon cher Monsieur, je ne saurais accepter à aucun prix ; mon père me donnera toutes les indications voulues.

— Mais votre père ne va pas jusque-là ; il doit s’arrêter à l’hôtel de la Couronne, tout à fait à l’autre extrémité de la rue, et il y a beaucoup de maisons ; vous pourriez être très embarrassé ; la route est mauvaise dès qu’on quitte le trottoir : mais mon cocher vous indiquera l’endroit précis où vous pourrez traverser le plus commodément.

M. Frank Churchill persista à refuser, en s’efforçant de garder son sérieux ; son père lui donna son appui en disant :

— Mon bon ami, c’est tout à fait inutile ;