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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

du 12 juillet 1910 [27]




EMMA


par Jane Austen


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Traduction de M. PIERRE DE PULIGA


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Depuis le retour de M. Elton, le chagrin de la pauvre fille s’était sensiblement accru ; en effet, si Emma n’avait guère l’occasion de rencontrer ce dernier, Henriette, au contraire, l’apercevait généralement deux ou trois fois par jour ; de plus elle entendait sans cesse parler de lui. Elle vivait au milieu de gens qui voyaient en M. Elton le prototype de la perfection ; il était le sujet de toutes les conversations et on agitait sans cesse les divers problèmes du présent et de l’avenir : revenu, installation, mobilier, domesticité, etc. L’attachement d’Henriette était perpétuellement nourri par les éloges qu’elle entendait, et ses regrets avivés par la constatation répétée du bonheur de Mlle Hawkins ; elle était appelée à prendre part à l’interprétation des divers symptômes qui témoignaient combien M. Elton était épris : sa démarche, la manière dont il portait son chapeau et le changement de sa mine !

Dans d’autres circonstances, Emma se fût amusée à constater les variations de l’esprit d’Henriette et ses perpétuelles hésitations : tantôt c’était le souvenir de M. Elton qui prédominait, tantôt celui des Martin : les fiançailles


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