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nence de M. Elton à Highbury se trouverait grandement atténué par le fait de son mariage ; l’existence d’une Mme Elton fournirait une excellente excuse pour mettre un terme à l’intimité antérieure et inaugurer des rapports de cérémonie.

De la jeune femme individuellement, Emma s’occupait fort peu : elle était sans doute à la mesure de M. Elton, suffisamment cultivée pour Highbury, juste assez jolie pour paraître laide à côté d’Henriette. Malgré son dédain pour cette dernière, M. Elton n’avait pas trouvé beaucoup mieux, au point de vue de la famille ; les deux cent cinquante mille francs mis à part, Mlle Hawkins, en effet, n’était guère au-dessus de Mlle Smith ; elle n’apportait ni nom ni ancêtres : c’était la fille cadette d’un marchand de Bristol ; elle avait eu l’habitude de passer ses hivers à Bath, mais Bristol était son véritable domicile ; depuis la mort de ses parents, elle vivait avec un oncle qui occupait une situation modeste chez un avocat de la ville. Tout le lustre de la famille semblait provenir de la sœur aînée : celle-ci se trouvait avoir épousé un homme assez bien placé socialement et fort riche. Les divers récits, concernant la fiancée, se terminaient invariablement par une allusion à cette alliance, dont la gloire rejaillissait sur Mlle Hawkins !

Emma aurait bien voulu faire partager à Henriette son sentiment sur la véritable nature de M. Elton, mais si elle n’avait pas eu de peine à persuader son amie de devenir amoureuse, elle en éprouvait beaucoup à lui faire renier cet amour. À moins de fournir un nouvel aliment à l’imagination d’Henriette, elle n’espérait pas faire oublier M. Elton ; ce dernier serait certainement remplacé : même un Robert Martin eût suffi à effacer les traces de ce premier déboire ; mais Emma avait conscience qu’aucun autre traitement n’amènerait la guérison ; il était dans la destinée d’Henriette d’être éternellement amoureuse !

(À suivre.)