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Une Mlle Hawkins ! Eh bien je m’étais toujours imaginé que ce serait quelque jeune personne de ce pays ; non pas que j’aie jamais… Mme Cole m’a une fois suggéré une possibilité mais j’ai répondu immédiatement : « Non ! M. Elton est un jeune homme de beaucoup de mérite mais… » En un mot je ne suis pas bien habile dans ce genre de découverte ; je ne vois que ce qui se passe devant mes yeux. D’autre part personne ne pourrait s’étonner si M. Elton avait aspiré… Mlle Woodhouse me laisse parler avec la meilleure grâce du monde ; elle sait que je ne voudrais offenser personne sous aucune considération. Comment va Mlle Smith ? Elle paraît bien remise. Ayez-vous des nouvelles de Mme John Knightley ? Oh, ces chers petits enfants ! Jane, savez-vous que je me figure que M. Dixon ressemble à M. John Knightley ; je veux dire physiquement ; grand avec le même air, et pas très communicatif.

— Vous vous trompez absolument, ma chère tante, il n’y a aucune ressemblance.

— C’est curieux, on n’arrive jamais à se former à l’avance une idée juste de quelqu’un ; on saisit au vol la première image qui se présente et on s’y tient. M. Dixon, d’après ce que vous m’avez dit, n’est pas à proprement parler bel homme.

— Loin de là !

— Ma chère ne m’avez-vous pas dit également que Mlle Campbell ne voulait pas admettre qu’il ne fut pas beau et que vous-même…

— Dans ce cas particulier mon jugement n’a aucune valeur : quand j’ai de la sympathie pour quelqu’un je trouve toujours cette personne bien. En disant qu’il était sans beauté, j’ai exprimé l’opinion générale.

— Eh bien, ma chère Jane, je crois qu’il va falloir nous sauver. Le temps paraît menaçant et grand’mère sera inquiète. Vous êtes trop aimable, ma chère Mademoiselle Wood-