Ouvrir le menu principal

Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/442

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



André.

Ah ! si l’on mourait de honte et de douleur…


Tenancier, les yeux sur la lettre.

Je te comprends !… Cette lettre serait, en effet, de la plus coupable des femmes… si elle n’était pas de la plus pure des jeunes filles !


André.

Que dites-vous ?


Tenancier.

Mais oui ! J’ai dû épouser ta mère. Nous avions une correspondance autorisée par nos parents, et que je n’ai pas eu le courage de restituer tout entière, je m’en accuse, lors d’une rupture dont nous pleurions tous deux… La fortune de ton grand-père avait été enlevée tout à coup par la banqueroute d’un misérable. Mon père, devant ce désastre, eut la dureté de retirer sa parole ; je m’indignais contre sa décision, je voulais passer outre ; mais elle, trop fière pour entrer par l’amour d’un jeune homme dans une famille qui la repoussait, refusa la main que je la suppliais d’accepter, et, pour m’ôter tout espoir, elle se maria. — Je la retrouvai plus tard, marié moi-même, et aimant ma femme comme elle aimait son mari ; mais le temps n’avait pas emporté le chaste parfum de nos souvenirs… il ne l’a pas même encore emporté aujourd’hui ! et notre ancien amour se transforma en une amitié dans laquelle ton noble père prit une grande place. Voilà toute notre histoire : crois-tu encore que mon fils ne peut pas épouser ta sœur ?


André, lui tendant la main.

Pardonnez-moi !