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lées. — Ne me regardez pas de cet œil farouche et accompagnez-moi jusqu’à l’antichambre avec force salamalecs pour achever d’édifier vos gens sur mon compte.


D’Estrigaud, l’arrêtant par la main.

De grâce, madame, encore un instant…


Annette.

Que vous reste-t-il à me dire ?


D’Estrigaud.

Que je vous adore !


Annette.

Ah ! vous aviez raison, monsieur ; ici, c’est odieux !


D’Estrigaud.

Pourquoi ? Toutes les portes sont ouvertes ; vous êtes aussi en sûreté que chez vous. Et si je ne vous le dis pas ici, où vous le dirai-je ? Ce n’est pas une déclaration que je vous fais, c’est un adieu éternel.


Annette.

Un adieu éternel ? voilà un bien grand mot.


D’Estrigaud.

Mon amitié pour votre frère ne me sépare-t-elle pas de vous à jamais ?


Annette.

Tout ce qu’il peut vous demander, c’est de venir moins souvent chez moi.


D’Estrigaud.

Sans doute. Mais il m’a ouvert les yeux ; je ne m’apercevais pas que je vous aime follement !… Oh ! laissez-