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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/364

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D’Estrigaud.

Moi, si j’avais une sœur dans la position de la tienne, et si, en qualité d’homme pratique, je lui interdisais un second mariage, je ne me croirais pas le droit de venir ensuite, en qualité d’homme vertueux, gêner la liberté de ses mouvements.


Lucien.

Qu’entends-tu par ces paroles ?


D’Estrigaud.

Le monde vit de sous-entendus, mon cher. Il y a une foule de circonstances dans lesquelles un homme de bon ton doit fermer les yeux, tant qu’on ne l’oblige pas à les ouvrir.


Lucien.

Tu permettrais un amant à ta sœur ?


D’Estrigaud.

Je ne permettrais rien, mais j’ignorerais tout.


Lucien.

Sais-tu que tu es horriblement immoral ?


D’Estrigaud.

Pas plus que toi ; seulement, je suis logique. Suppose, par impossible, que ta sœur, qui est jeune, qui est libre, se laisse aller à un entraînement bien naturel, en somme, que ferais-tu ?


Lucien.

Ce que je ferais ? Je l’obligerais à épouser son amant.


D’Estrigaud.

Et si elle refusait de ruiner ses enfants ?