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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/358

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se met à table, et mange tout en décachetant ses lettres.) Ce n’est pas mon chocolat ordinaire, Quentin.


Quentin.

Pardon, monsieur le baron.


D’Estrigaud.

Je vous dis que non. Ce coquin de Coutelard aura changé de fournisseur pour gagner dix sous. Je veux bien qu’il me vole, mais je ne veux pas qu’il liarde. Vous le lui direz. Emportez cette drogue-là.


Quentin.

Monsieur le baron veut-il une aile de volaille ?


D’Estrigaud.

Euh !… non. Je n’ai pas faim. J’ai soupé au cercle. (Quentin sort en emportant le plateau et la petite table, qu’il range dans un coin. — D’Estrigaud, resté seul, ouvre une lettre.) De mon agent de change. Tiens, je ne pensais plus à mes ordres d’hier au soir… Ils valent pourtant la peine qu’on y songe. — Eh bien, c’est aujourd’hui la baisse annoncée, demain la liquidation ; dans huit jours, j’aurai réalisé mon bénéfice. Ma foi !… ce sera fort à propos. Il y avait longtemps que ce petit drôle de Cantenac n’avait donné de renseignements à Navarette. Il manque à tous ses devoirs. Se croirait-il aimé pour lui-même, l’imbécile ? Si jamais je me raccommode avec son patron, comme je le consignerai à la porte ! (Ouvrant une autre lettre.) Comtesse de Saint-Gilles… surnommée la bête du bon Dieu. (Lisant.) « Cher baron, la marquise Galéotti m’a inspiré une folle envie de voir votre fameuse collection, et nous devons lui rendre visite aujourd’hui même. » (Il se lève.) Que le diable emporte les bourgeoises et la bourgeoisie ! La belle Annette peut bien rester chez elle si elle ne veut venir que sous bonne escorte ! Je croyais pourtant l’avoir