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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/208

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passé ma vie à la poursuite de la femme honnête. Je l’ai d’abord cherchée, comme tous les débutants, dans le camp des irrégulières, et j’ai payé un large tribut à la manie de la rédemption. Mais, après avoir racheté pour quelque cent mille francs d’anges déchus, je me suis aperçu que les vierges folles sont encore moins folles que vierges, si c’est possible, et que le racheteur n’est pour elles qu’un acheteur plus naïf.


Madame de Verlière.

C’est plein d’intérêt… Continuez.


Lancy.

Désenchanté de ces aimables commerçantes, je transportai mes investigations dans le monde régulier. Ah ! madame, pour un échappé des amours vénales, quelle ivresse dans la possession d’un cœur qui se donne en immolant tous ses devoirs ! Le malheur, c’est que je finissais toujours par m’attacher au mari, le trouvant incomparablement plus honnête que la femme, et je reconnaissais alors qu’il n’y a pas un abîme entre celles qui nous trompent pour un autre et celles qui trompent un autre pour nous… Sans compter que ces fameux devoirs dont on nous fait sonner si haut le sacrifice, sont la plupart du temps des victimes parfaitement habituées à l’autel. — Je ne vous ennuie pas trop ?


Madame de Verlière.

Jamais trop, mon ami.


Lancy.

Mais assez. J’abrège donc. Le résultat de mes expériences fut cette vérité oubliée par M. de la Palisse, que la seule chance qu’on ait de posséder une honnête femme, c’est de l’épouser soi-même. — Malheureusement, j’avais passé l’âge où l’on se marie les yeux fermés ; il ne me