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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/185

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Giboyer.

Non, monsieur, puisqu’il part pour l’Amérique.


Maréchal.

Bon voyage ! elle n’est pas pour ses beaux yeux, mon cher monsieur.


Giboyer, s’inclinant comme pour prendre congé.

Je le sais. Puisse-t-elle être heureuse avec M. le comte d’Outreville !


Maréchal.

D’Outreville ? Ah bien, oui !… (Ramenant Giboyer en scène.) Encore une obligation que je vous ai ! Tout est rompu, grâce à l’attitude que vous m’avez fait prendre.


Giboyer, à part.

Je m’en doutais bien.


Maréchal, arpentant la scène avec agitation.

Ma pauvre enfant ! Un mariage annoncé partout ! la corbeille achetée, les bans publiés ! Comment la marierai-je à présent ? Et tout cela par votre faute, monsieur.


Giboyer, immobile et froid.

Cette rupture ne vous préoccupait guère, quand je suis arrivé.


Maréchal.

Hélas ! je comptais sur ma gloire pour en réparer l’effet. Ma gloire ! autre crève-cœur ! Vous me livrez sans défense aux ennemis que je me suis faits ! Je suis la bête noire d’un parti puissant et rancunier ! Les quolibets vont pleuvoir sur mon silence. Je n’ai plus qu’à me retirer de la scène politique, et aller planter mes choux.