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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/133

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Giboyer.

Ah ! tout s’explique !


Maximilien, indigné.

Si j’étais tenté de l’aimer, je me mépriserais, car je ne veux rien vendre de moi, ni mon cœur… ni ma plume.


Giboyer.

Ni ta plume ?… Ingrat ! quand c’est pour toi seul !…


Maximilien.

Pour moi ? De quel droit me rends-tu des services déshonorés ? Qui t’a dit que je ne préférais pas la misère ? Est-ce là ce que tu appelles ton héritage ? Tu peux le garder, je n’y toucherai pas ! (Giboyer tombe dans un fauteuil, le visage dans ses mains.) Pardon, mon vieil ami, tu n’as pas su ce que tu faisais.


Giboyer.

J’ai su que je me dévouais à toi, qu’il fallait sauver ta jeunesse des épreuves où la mienne avait succombé, et j’ai léché la boue sur ton chemin ; mais ce n’était pas à toi de me le reprocher. Va ! ma plume n’est pas la première chose que je vends pour toi… J’avais déjà vendu ma liberté !


Maximilien.

Ta liberté !


Giboyer.

Pendant deux ans, pour payer ta pension au collège, j’ai fait les mois de prison d’un journal, à tant par an… Mais qu’importe ! je suis un chenapan, et tu ne veux rien