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Députés de Saint-Maurice

XVIII

L’Hon. Louis-Joseph
Papineau



Il est une vérité depuis longtemps admise en histoire, mais qui ne souffre pas d’être répétée. C’est celle-ci. Pour bien juger un homme, un homme politique surtout, il faut le recul du temps. Et cela est peut-être encore plus vrai au Canada qu’ailleurs, car les passions et les préjugés politiques sont, pour ainsi dire, héréditaires chez nos compatriotes. Et cela se conçoit aisément lorsqu’on songe aux luttes quotidiennes qu’eurent à subir nos pères sous la constitution de 1791. Ce régime parlementaire était un progrès marqué sur l’ancien mode de gouvernement. Il était cependant perfectible, et c’est ce à quoi nos législateurs s’employèrent durant la période qui s’étend de 1791 à 1837. Ils s’acheminaient lentement mais sûrement vers le gouvernement responsable et, si des écarts de langage et de conduite parlementaire n’y eussent mis obstacle, nous l’aurions obtenu pratiquement dès 1831, sans effusion de sang. Mais on voulut aller trop vite en besogne et l’on cassa les vitres. C’était malhabile, et ces procédés retardèrent de dix-sept ans l’obtention des privilèges, ou plutôt des droits réclamés, qui nous furent concédés finalement dans toute leur ampleur en 1848.

Papineau a été l’homme public le plus discuté, peut-être, de tout le Canada. D’un côté on l’a porté aux nues, d’un autre, on l’a rabaissé outre mesure. La passion politique était, jusqu’à ces derniers temps, entrée trop avant dans l’histoire du Bas-Canada pour qu’on put juger l’homme froidement, sans parti-pris. Nous nous sommes efforcé au cours de cet article de le montrer sous son vrai jour. Avons-nous réussi ? À d’autres de répondre.