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PRÉFACE.


CEUX qui liront cet ouvrage, le cours de Littérature de Laharpe d’une main, et qui y chercheront toutes les règles d’unités requises par la critique du dix-huitième Siècle, seront bien trompés. Le Siècle des unités est passé ; la France a proclamé Shakspeare le premier tragique de l’univers et commence à voir qu’il est ridicule de faire parler un valet dans le même style qu’un Prince. Les Romanciers du dix-neuvième Siècle ne font plus consister le mérite d’un Roman en belles phrases fleuries ou en incidents multipliés ; c’est la nature humaine qu’il faut exploiter pour ce Siècle positif, qui ne veut plus se contenter de Bucoliques, de tête-à-têtes sous l’ormeau, ou de promenades Solitaires dans les bosquets. Ces galanteries pouvaient amuser les cours oisives de Louis XIV et de Louis XV ; maintenant c’est le cœur humain qu’il faut développer à notre âge industriel. La pensée ! voilà son livre — Il y a quelques années, j’avais jeté sur le papier le plan d’un ouvrage, où, après avoir fait passer mon héros par toutes les tribulations d’un amour contrarié, je terminais en le rendant heureux durant le reste de ses jours. Je croyais bien faire ; mais je me suis aperçu que je ne faisais que reproduire de vieilles idées, et des sensations qui nous sont toutes connues. J’ai détruit mon manuscrit et j’ai cru voir un champ plus utile s’ouvrir devant moi. J’offre à mon pays le premier Roman de Mœurs canadien, et en le présentant à mes compatriotes je réclame leur indulgence à ce titre. Les mœurs pures de nos campagnes sont une vaste mine à exploiter ; peut-être serais-je assez heureux pour faire naître, à quelques uns de mes concitoyens, plus habiles que moi, le désir d’en enrichir ce pays. L’Influence