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EN FINIR AVEC LES CHEFS-D’ŒUVRE

sualité basse comme celle où nous plongeons, d’attaquer cette sensualité basse par des moyens physiques auxquels elle ne résistera pas.

Si la musique agit sur les serpents ce n’est pas par les notions spirituelles qu’elle leur apporte, mais parce que les serpents sont longs, qu’ils s’enroulent longuement sur la terre, que leur corps touche à la terre par sa presque totalité ; et les vibrations musicales qui se communiquent à la terre l’atteignent comme un massage très subtil et très long ; eh bien je propose d’en agir avec les spectateurs comme avec des serpents qu’on charme et de les faire revenir par l’organisme jusqu’aux plus subtiles notions.

D’abord par des moyens grossiers et qui à la longue se subtilisent. Ces moyens grossiers immédiats retiennent au début son attention.

C’est pourquoi dans le « théâtre de la cruauté » le spectateur est au milieu tandis que le spectacle l’entoure.

Dans ce spectacle la sonorisation est constante : les sons, les bruits, les cris sont cherchés d’abord pour leur qualité vibratoire ensuite pour ce qu’ils représentent.

Dans ces moyens qui se subtilisent la lumière intervient à son tour. La lumière qui n’est pas faite seulement pour colorer, ou pour éclairer et qui porte avec elle sa force, son influence, ses suggestions. Et la lumière d’une caverne verte, ne met pas l’organisme dans les mêmes dispositions sensuelles que la lumière d’un jour de grand vent.

Après le son et la lumière il y a l’action, et le dynamisme de l’action : c’est ici que le théâtre loin de copier la vie se met en communication s’il le peut avec des forces pures. Et qu’on les accepte ou qu’on les nie, il y a tout de même une façon de parler qui appelle forces ce qui fait naître dans l’inconscient des images énergiques, et à l’extérieur le crime gratuit.

Une action violente et ramassée, est une similitude de