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UN ATHLÉTISME AFFECTIF

Double, comme le Kha des Embaumées de l’Égypte, comme un spectre perpétuel où rayonnent les forces de l’affectivité.

Spectre plastique et jamais achevé dont l’acteur vrai singe les formes, auquel il impose les formes et l’image de sa sensibilité.

C’est sur ce double que le théâtre influe, cette effigie spectrale qu’il modèle, et comme tous les spectres, ce double a le souvenir long. La mémoire du cœur est durable et certes c’est avec son cœur que l’acteur pense, mais ici le cœur est prépondérant.

Ce qui veut dire qu’au théâtre plus que partout ailleurs c’est du monde affectif que l’acteur doit prendre conscience, mais en attribuant à ce monde des vertus qui ne sont pas celles d’une image, et comportent un sens matériel.


Que l’hypothèse soit exacte ou non, l’important est qu’elle soit vérifiable.

On peut physiologiquement réduire l’âme à un écheveau de vibration.

On peut, ce spectre d’âme, le voir comme intoxiqué des cris qu’il propage, sinon à quoi correspondraient les mantrames hindous, ces consonances, ces accentuations mystérieuses, où les dessous matériels de l’âme traqués jusque dans leurs repaires viennent dire leurs secrets au grand jour.

La croyance en une matérialité fluidique de l’âme est indispensable au métier de l’acteur. Savoir qu’une passion est de la matière, qu’elle est sujette aux fluctuations plastiques de la matière, donne sur les passions un empire qui étend notre souveraineté.

Rejoindre les passions par leurs forces, au lieu de les considérer comme des abstractions pures confère à l’acteur une maîtrise qui l’égale à un vrai guérisseur.

Savoir qu’il y a pour l’âme une issue corporelle, per-