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LE THÉATRE ET SON DOUBLE

est limitée par la pellicule, à une image de théâtre qui obéit à toutes les exigences de la vie.

La Cruauté : Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n’est pas possible. Dans l’état de dégénérescence où nous sommes, c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits.

Le Public : Il faut d’abord que ce théâtre soit.

Le Programme : Nous mettrons en scène, sans tenir compte du texte :

Une adaptation d’une œuvre de l’époque de Shakespeare, entièrement conforme à l’état de trouble actuel des esprits, soit qu’il s’agisse d’une pièce apocryphe de Shakespeare, comme Arden of Feversham, soit de toute autre pièce de la même époque.

Une pièce d’une liberté poétique extrême de Léon-Paul Fargue.

Un extrait du Zohar : L’Histoire de Rabbi-Siméon qui a la violence et la force toujours présentes d’un incendie.

L’histoire de Barbe-Bleue reconstituée selon les archives et avec une idée nouvelle de l’érotisme et de la cruauté.

La Prise de Jérusalem, d’après la Bible et l’histoire ; avec la couleur rouge-sang qui en découle et ce sentiment d’abandon et de panique des esprits visible jusque dans la lumière ; et d’autre part les disputes métaphysiques des prophètes, avec l’effroyable agitation intellectuelle qu’elles créent et dont le contre-coup rejaillit physiquement sur le Roi, le Temple, la Populace et les Evénements.

Un Conte du Marquis de Sade, où l’érotisme sera transposé, figuré allégoriquement et habillé, dans le sens d’une extériorisation violente de la cruauté, et d’une dissimulation du reste.

Un ou plusieurs mélodrames romantiques où l’invraisemblance deviendra un élément actif et concret de poésie.