Page:Artaud - Le théâtre et son double - 1938.djvu/103

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
101
LE THÉATRE DE LA CRUAUTÉ

non seulement pour noter ces signes d’une manière lisible et qui permette de les reproduire à volonté, mais pour composer sur la scène des symboles précis et lisibles directement.

D’autre part, ce langage chiffré et cette transcription musicale seront précieux comme moyen de transcrire les voix.

Puisqu’il est à la base de ce langage de procéder à une utilisalion particulière des intonations, ces intonations doivent constituer une sorte d’équilibre harmonique, de déformation seconde de la parole qu’il faudra pouvoir reproduire à volonté.

De même les dix mille et une expressions du visage prises à l’état de masques, pourront être étiquetées et cataloguées, en vue de participer directement et symboliquement à ce langage concret de la scène et ceci en dehors de leur utilisation psychologique particulière.

De plus ces gestes symboliques, ces masques, ces attitudes, ces mouvements particuliers ou d’ensemble, dont les significations innombrables constituent une part importante du langage concret du théâtre, gestes évocateurs, attitudes émotives ou arbitraires, pilonnages éperdus de rythmes et de sons, se doubleront, seront multipliés par des sortes de gestes et d’attitudes reflets, constitués par l’amas de tous les gestes impulsifs, de toutes les attitudes manquées, de tous les lapsus de l’esprit et de la langue, par lesquels se manifestent ce que l’on pourrait appeler les impuissances de la parole, et il y a là une richesse d’expressions prodigieuse, à laquelle nous ne manquerons pas occasionnellement de recourir.

Il y a en outre une idée concrète de la musique où les sons interviennent comme des personnages, où des harmonies sont couplées en deux et se perdent dans les interventions précises des mots.

De l’un à l’autre moyens d’expression, des correspondances et des étages se créent ; et il n’est pas jusqu’à la