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surprenons l’esprit de Malherbe en train de s’essayer au maniement de la strophe lyrique : 1° il combine les alexandrins et les vers heptasyllabes ; 2° il coupe le sixain après le second vers ; 3° il commence et termine les strophes par des rimes de même genre. Il semble bien, dirais-je, qu’il étudie alors en elle-même la grande strophe héroïque avant de l’étudier en groupe ; c’est sur les éléments fournis par Ronsard qu’il s’exerce d’abord. La réflexion l’amène ensuite à réformer bien des choses, et c’est ainsi que dans l’Ode à Marie de Médicis il arrive à établir à peu près définitivement le type de sa strophe lyrique ; désormais, d’une strophe à l’autre, les rimes initiales et terminales sont de genre différent.

Comme le fragment d’Ode, la Consolation à Caritée appartient à la même période de tâtonnements et d’essais. Ronsard et Desportes lui donnaient l’exemple d’une disposition prosodique où, à vrai dire, personne n’avait jusqu’alors vu une licence. Malherbe use encore de cette disposition dans la Paraphrase du Psaume viii ; puis il y renonce tout à fait dans le style soutenu. Il est à remarquer, en effet que les différentes pièces ci-dessus mentionnées sont toutes des pièces légères, stances d’amour, chansons, vers de ballet.

Une seule fois, il a repris cette disposition dans une pièce grave, c’est dans la Consolation an président de Verdun. Mais c’est là une bizarrerie que je mets volontiers à côté de celle qui lui faisait écrire à la reine régente des stances sur deux rimes masculines : « Objet divin des âmes et des yeux, etc. »

Je pense que Malherbe était très curieux de varier les dispositions métriques et rythmiques ; de là ses essais parfois plus singuliers qu’heureux. Ce qui me semble prouver que la similitude de genre de deux rimes qui se suivent lui paraissait une licence ou tout au moins une négligence peu compatible avec l’harmonie de la strophe lyrique, c’est qu’il l’a proscrite de toutes ses grandes odes. Cette simili-