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a accoustumé d’y mettre. M. de Bellegarde, qui l’avoit devant luy, les arracha, et comme il les voulut jetter, le Me d’Hostel l’en empescha, et luy dit, Monsieur, je vous supplie de ne point oster ces plumes ; cela est nécessaire à ce faisant, pour le discerner d’avec les chapons. — Sur quoy M. de Malherbe lui répondit brusquement, à sa façon ordinaire, Mettez-y plutôt un écriteau dessus, et y écrivez que c’est un faisant, si vous avez peur qu’il ne soit point reconnu. Cela fut cause que M. de Bellegarde défendit de mettre plus de plumes aux faisans que l’on servoit à sa table.

Voilà une des rares réformes du législateur qui ne lui aient pas survécu. Les cuisiniers ont vaincu Malherbe.

Tallemant rapporte l’histoire plus vivement (I, 283). « Chez M. de Bellegarde, on servit un jour un faisan avec la teste, la queue et les aisles ; il les prit et les jeta dans le feu. Le Maistre-d’hostel luy dit : « Mais on le prendra pour un chapon. — Eh bien ! mortdieu ! » respondit Malherbe, « mettez-y donc un escriteau et non pas toutes ces viédazeries. »

Tallemant a bien l’air de dire que c’est Malherbe et non Bellegarde qui commença par dépouiller le faisan. Ce serait vraiment trop grossier. Probablement hanté par Tallemant, le Bibliophile Jacob a lu faussement dans le ms. de Conrart : « M. de Malherbe qui l’avait devant lui, les arracha… » R. des provinces, p. 526.

L’anecdote venait sans doute de Racan qui habitait chez M. de Bellegarde où Malherbe avait aussi sa table. Ils y prenaient chaque jour leurs repas ensemble. Cf. Mém. p. Lxxiii, avant-dern. I.

Dans Conrart, le ton général est bien celui de Racan ;