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que quand il avoit mis un tableau sur sa cheminée, il lui estoit permis de le mettre sur son buffet quand il vouloit. Mais Racan lui disoit, que ce portrait n’estoit qu’en un lieu à la fois ; et que la pensée qu’il répétoit demeuroit en même temps en toutes les pièces où il l’avoit mise.

Malherbe ne pouvait pas répliquer par la vraie raison, à savoir que sa galerie de tableaux n’était pas assez riche pour qu’il pût en mettre un sur sa cheminée et un autre sur son buffet.

Ménage remarque à la p. 528 : « Malherbe a plus d’une fois emploié les mesmes pensées en différens endroits… : et quand ses familiers lui en faisoient reproche, il leur répondoit, qu’il estoit permis de mettre sur sa cheminée, ce qu’on avait mis sur son cabinet… » Voir l’opinion de Ménage, p. 329, sur la sécheresse de Malherbe, qui le fit mal juger du Cavalier Marin (anecd. suivante).

Tallemant, t. I, p. 293, raconte, dans les mêmes termes que Conrart, ce trait relatif aux répétitions de Malherbe. Ce n’était pas d’ailleurs le seul différend que Racan avait avec son maître : voir Mémoires, p. lxxi, lxxxiv, lxxxv. Ce fut un disciple moins servile qu’on ne le croit communément, ainsi que nous essaierons de le montrer dans sa biographie.

Il n’y a guère que lui qui puisse être l’auteur de cette historiette.


Portrait de Malherbe.

Anecdote 21. (P.229.) Il estoit grand et bien fait, mais il crachottoit toujours ; ce qui faisoit dire au Cavalier Marin, qu’il n’avoit jamais veû un homme si humide, ni un Poète si sec.