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trouvons le 1er couplet dans la Comédie de chansons, donnée en 1640, acte II, sc. 1. Paris, Toussaint Quinet, in-12, p. 36 (cité par Ed. Fournier, dans l’Artiste, n° du 15 septembre 1850) :

D’où venez-vous, Jeanne ?
Jeanne, d’où venez ? —
Je viens de la prairie
Mes vaches garder. —
Vous êtes amoureuse
De votre berger. —

Cette boutade de Malherbe, qui donne un avant-goût de celle d’Alceste disant la chanson du roi Henri, est reproduite presque textuellement par Tallemant (t. I, 288), qui ajoute : « Racan dit qu’il a dire la mesme chose d’une chanson où il y a à la fin :

Que me donnerez-vous ?
Je feray rendormie. — »

L’anecdote peut donc avoir été rapportée à Conrart soit par Racan, soit par Chapelain. —

Ce paradoxe méprisant contre Ronsard est à rapprocher de plusieurs autres traits du même sentiment (V. An. 3 et note).

Malherbe aimait d’ailleurs vraiment les chansons populaires ; M. Ed. Fournier a même retrouvé dans un recueil du temps une chanson poissarde signée de lui, en sept couplets, dont voici le ler :

Belle, quand te lasseras-tu
De causer mon martyre ?
— Je n’ons ni biauté ni vartu ",
Cela vous plaît à dire.
Portez vos biaux discours ailleurs,
Car je n’aimons point les railleurs.

Il la donne dans l’Artistedu 15 septembre 1850. Mais M. Lalanne qui la réimprime {Malh., t. I, p. cxx) doute fort de son authenticité, et pense qu’il y a eu, dans le recueil de 1634 où on la trouve, erreur ou supercherie du libraire.