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qu’une succession de longs accès de frénésie et d’idiotie entrecoupés d’intervalles où il retrouvait assez d’intelligence pour comprendre son malheur et celui de son peuple, et parfois assez de volonté pour essayer d’y porter remède. Mais à peine avait-il commencé d’agir que le mal impitoyable ressaisissait sa proie. Plusieurs fois, des instants lucides furent signalés par des ordonnances utiles et populaires, mais les détenteurs habituels de son autorité attendaient que son esprit recommençât à s’obscurcir pour lui arracher la révocation de ses mandements, ou rendre en son nom des édita funestes au pays. »

Michelet (Histoire de France, Bourguignons et Armagnacs, p. 149-150) : « Hélas ! s’écriaient les bonnes gens ! Ah ! s’il avait sa tête, la ville et le royaume s’en seraient bien mieux trouvés. Chaque fois qu’il revenait à lui, il tâchait de remédier à quelque mal. Il avait essayé de mettre de l’ordre dans les finances, de révoquer les dons qu’on lui surprenait dans ses absences d’esprit. Visiblement, il aimait le peuple ; il aimait, mot immense ! Le peuple le lui rendait bien. »

Charles VI n’a donc jamais été un tyran ni pour ses contemporains ni dans l’opinion de personne. Ce sont les oncles qui furent des tyrans. Or, dans la thèse de M. Dezeimeris, c’est bien Charles VI qui est le tyran ; il soutient, nous allons le voir, que les traits du tyran du Contr’un s’adaptent un par un à ceux de Charles VI. Nous montrerons qu’il n’en est rien ; mais il nous faut établir d’abord que le gouvernement des oncles, si tyrannique fût-il, ne ressemble en rien à celui qui soulevait l’indignation du Contr’un.


II. Le gouvernement sous Charles VI
ressemble-t-il à celui du tyran décrit dans le Contr’un
 ?


Il suffit de lire le texte du Contr’un pour reconnaître que les procédés de gouvernement qui y sont si vigoureusement et si éloquemment représentés, ne sont à aucun degré ceux du règne de Charles VI.

Dans le Contr’un, le tyran gouverne par ses favoris qui sont