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son père et des princes ses frères[1] » Il y avait donc des tournois au temps de Charles IX et de son frère Henri. Henri III a pu être très naturellement visé par l’auteur du Contr’un comme ne prenant pas part à ces tournois, ou comme n’y brillant pas, puisque le même reproche lui était fait par son entourage au moment de la publication du Contr’un[2]. L’anachronisme dénoncé par M. Dezeimeris d’une manière un peu tranchante n’existe pas. Son argument tombe, et, du même coup, « la conjecture paradoxale » change de bord.

En somme, l’opinion de mon contradicteur sur la question des tournois se résume ainsi : L’auteur du Contr’un ayant fait allusion à un tyran qui n’aime pas les tournois, M. Dezeimeris refuse d’appliquer cette allusion à Henri III auquel son peuple reprochait effectivement, à la même date, son éloignement pour ces fêtes militaires, mais il s’empresse de l’appliquer à Charles VI, à qui son peuple reproche de trop les aimer !

Cette longue discussion sur le trait relatif aux tournois nous permettra d’être plus court sur l’allusion à la poudre des batailles… La méthode de M. Dezeimeris est ici la même. Il ne tient aucun compte des documents historiques, il passe simplement sous silence les récits des chroniqueurs du temps et de tous nos historiens qui, unanimes à vanter l’impétuosité, la fougue du jeune roi, le représentent comme aimant à l’excès les armes et la guerre.

Charles, dit la Chronique du religieux de Saint-Denis[3] est « passionné pour la guerre, bon cavalier et témoignant une impatiente ardeur toutes les fois que les ennemis le provoquent. Froissart, Juvénal des Ursins le montrent toujours prêt à monter à cheval, impatient de signaler sa vaillance et de commander son armée. En 1382, à douze ans, il assiste à la première guerre de Flandre ; à la reprise

  1. Relations des Ambassadeurs vénitiens, traduct. Tommaseo. Imprimerie Royale, 1838, tome II, p. 237.
  2. Je n’oublie pas que si le texte entier du Contr’un a paru en 1576, le portrait qui contient le passage relatif au tournoi avait déjà paru en 1574 dans le Réveille-matin (texte français), le seul dont nous ayons à tenir compte ; mais il est évident que l’ambassadeur vénitien, écrivant en 1575 sur Henri III et faisant’allusion aux traits de sa vie et aux habitudes caractérisant sa personnalité, ne veut pas parler des tournois de 1575, mais de ceux des années précédentes.
  3. Chronique du religieux de Saint-Denis (t. I, p. 565).