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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/48

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demandent Ægina, non que de cette île ils aient grand souci, mais pour dépouiller ce poète. Pour vous, ne l’abandonnez jamais : sa comédie frappera juste. Il dit qu’il vous enseignera mille bonnes choses pour que vous soyez heureux, et cela sans vous cajoler, sans vous leurrer de récompenses, sans vous duper, sans user de fourberie, sans vous mettre l’eau à la bouche, mais ne vous donnant que les meilleurs conseils. Qu’après cela, Kléôn dresse ses machines, qu’il ourdisse contre moi toutes ses trames, j’aurai pour alliées la probité et la justice, et jamais on ne me prendra à être, comme lui, pour la ville, un fléau et un derrière maudit.

Viens ici, Muse brûlante, qui as la force du feu, fille véhémente d’Akharnæ. Semblable à l’étincelle qui jaillit des charbons d’yeuse, excitée par un vent favorable, quand on étend dessus une grillade de poissons, les uns tournant une grasse marinade de Thasos, les autres maniant la pâte, viens de même, mélodie fière, intense, aux accents rustiques, et traite-moi en citoyen.

Vieillards chargés d’ans, nous accusons cette ville. Loin de recevoir de vous la nourriture due à nos victoires navales, nous en souffrons de cruelles ; tout vieux que nous sommes, vous nous impliquez dans des procès et vous nous faites servir de risée à de jeunes orateurs ; réduits à rien, nous restons muets, usés comme de vieilles flûtes : votre Poséidôn tutélaire est un bâton. La vieillesse nous fait balbutier devant la pierre du tribunal où nous ne voyons rien que l’ombre de la Justice. Mais le jeune homme, soucieux de faire valoir son éloquence, se hâte de frapper par l’agencement de ses périodes arrondies. Puis, traînant l’accusé, il le questionne, le prend au piège de ses paroles, tourmentant, troublant, bouleversant ce