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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/394

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à nous tes adorateurs, qui, depuis treize ans, desséchons de ton absence. Fais trêve aux combats, aux désordres, afin que nous te donnions le nom de Lysimakè. Mets fin à notre humeur soupçonneuse, parée d’agréables dehors, qui se déchaîne en mutuels commérages. Fais-nous goûter de nouveau, à nous autres Hellènes, le suc de la vieille amitié, et glisser dans notre âme je ne sais quelle douceur de pardon. Fais affluer sur notre Agora une foule de bonnes denrées, ail, concombres précoces, pommes, grenades, mantelets pour esclaves ; qu’on voie apporter de chez les Bœotiens oies, canards, pigeons, mauviettes ; que les anguilles du Kopaïs y viennent par panerées, et que, serrés en rangs d’acheteurs, nous les disputions à Morykhos, à Téléas, à Glaukétès et autres gourmands ; qu’ensuite Mélanthios, arrivant le dernier à l’Agora pour en acheter, se lamente et s’écrie, avec sa Mèdéia : « Je suis perdu, je suis perdu, elles m’ont échappé, cachées sous des bettes. » Et le monde de se réjouir. Accorde, Déesse vénérable, ces bienfaits à nos prières.


L’ESCLAVE.

Prends le couteau et, en bon cuisinier, égorge la brebis.


TRYGÆOS.

Ce n’est pas permis.


L’ESCLAVE.

Pourquoi donc ?


TRYGÆOS.

La Paix ne se plaît point aux égorgements : on n’ensanglante pas son autel. Porte la victime à l’intérieur,