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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/342

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je pourrai acheter un nez sans trous. Car je ne connais pas de métier plus misérable que de pétrir de la pâtée pour la donner à un escarbot. Un porc, quand nous allons à la selle, un chien, en avalent sans façon. Mais celui-ci fait le fier et le dédaigneux, et il ne juge pas à propos de manger, si je ne lui présente, comme à une femme, après avoir passé toute la journée à la pétrir, une galette feuilletée. Mais je vais regarder s’il a fini son repas : entr’ouvrons seulement la porte, pour qu’il ne me voie point. Courage, ne t’arrête pas de manger, jusqu’à ce que tu en crèves sans t’en apercevoir. Comme il se courbe, l’animal, sur sa pâtée ! On dirait un lutteur : il avance les mâchoires ; il promène de-ci de-là sa tête et ses deux pattes, à la façon de ceux qui tournent de gros câbles pour les vaisseaux. Quelle bête hideuse, puante et vorace ! De quelle divinité est-elle l’emblème, je ne sais. Il ne me semble pas que ce soit d’Aphroditè, ni des Kharites, assurément.


PREMIER ESCLAVE.

De qui donc ?


SECOND ESCLAVE.

Il n’y a pas moyen que ce soit un présage de Zeus prêt à descendre.


PREMIER ESCLAVE.

Maintenant, parmi les spectateurs, quelque jeune homme, qui se pique de sagesse, se met sans doute à dire : « Qu’est-ce que cela ? À quoi bon l’escarbot ? » Et un Ionien, assis à ses côtés, lui répond : « Selon moi, cela fait allusion à Kléôn, qui, sans pudeur, se nourrissait de fiente. » Mais je rentre donner à boire à l’escarbot.