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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/313

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des dæmons sinistres, des êtres fiévreux, qui, la nuit, étranglaient les pères, étouffaient les grands-pères, s’asseyaient à la couche de vos concitoyens inoffensifs, les inondaient de contre-serments, de citations, de témoignages, au point qu’un bon nombre bondissaient terrifiés chez le polémarkhe. Après avoir trouvé un tel défenseur, un tel sauveur de ce pays, vous l’avez abandonné, l’année dernière, lorsqu’il semait ses pensées les plus neuves, dont, faute de les bien comprendre, vous avez arrêté la pousse. Cependant, au milieu de nombreuses libations, il atteste Dionysos que jamais on n’entendit de meilleurs vers comiques. C’est une honte pour vous de ne pas les avoir appréciés sur-le-champ ; mais le poète n’est pas estimé à une moindre valeur par les hommes éclairés, quoique, devançant ses rivaux, il ait eu son espérance brisée.

Mais, à l’avenir, braves gens, si vous avez des poètes qui cherchent des paroles et des idées neuves, aimez-les, favorisez-les davantage, et conservez leurs pensées : enfermez-les dans vos coffres avec les fruits. En agissant ainsi, vos vêtements exhaleront toute l’année une odeur de sagesse.

Ô nous, autrefois vaillants dans les chœurs, vaillants dans les combats, et hommes plus vaillants encore par ce côté seul, tout cela est passé, bien passé. Aujourd’hui la blancheur florissante de nos cheveux surpasse celle du cygne. Toutefois il faut que de ces restes surgisse la vigueur du jeune âge : pour moi, je suis convaincu que ma vieillesse vaut mieux que les boucles de beaucoup de jeunes gens, que leur parure et leur derrière élargi.

Si quelqu’un de vous, spectateurs, à l’aspect de mon costume, s’étonne de me voir avec un corsage de guêpe, et de ce que signifie notre aiguillon, je le lui expliquerai