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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/225

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L’INJUSTE.

Si tu crois, jeune homme, à tout ce qu’il te dit, par Dionysos ! tu ressembleras aux fils de Hippokratès, et on t’appellera le « poupon qui tette ».


LE JUSTE.

Tu passeras ton temps, luisant et fleurant bon, dans les gymnases, ne débitant pas sur l’Agora de mauvaises pointes comme on le fait aujourd’hui ; on ne te traînera pas en justice pour une méchante affaire pleine d’objections subtiles et ruineuses. Mais tu descendras à l’Akadèmia, pour courir sous les oliviers sacrés, la tête ceinte d’un roseau blanc, avec un sage compagnon de ton âge, respirant le smilax, le loisir et la jonchée blanche des peupliers… épanoui par la saison printanière, quand le platane et l’ormeau échangent leurs murmures. Si tu fais ce que je te dis, et si tu y appliques ton intelligence, tu auras toujours la poitrine grasse, le teint clair, les épaules larges, la langue courte, les fesses charnues, le pénis petit. Mais si tu t’attaches à ceux du jour, tu auras tout de suite le teint pâle, les épaules petites, la poitrine resserrée, la langue longue, les fesses petites, les parties fortes, des décrets à n’en plus finir. On te rendra prêt à croire que le honteux est honnête et que l’honnête est honteux, et tu seras, en outre, l’image de l’infamie d’Antimakhos.


LE CHŒUR.

Ô toi qui habites les tours élevées de la glorieuse sagesse, quel doux parfum de bon sens fleurit dans tes discours ! Heureux ceux qui vivaient au temps des hommes de jadis ! (À l’Injuste.) Quant à toi, qui possèdes les séductions du langage, il te faut trouver des idées nouvelles,