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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/224

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au-dessous du nombril ; et le milieu de leur corps florissait de rosée et de duvet comme les fruits. Nul d’entre eux, donnant à sa voix une mollesse toute féminine, ne s’avançait vers un amant, en l’attirant des yeux. Nul, au repas, ne se fût permis de prendre une tête de raifort ; nul de s’emparer de l’anèthon réservé aux vieillards ou du persil ; nul de manger du poisson ou des grives, nul d’avoir les pieds croisés.


L’INJUSTE.

Vieilleries contemporaines des Diopolia, des Cigales, de Kékidas, des Bouphonies !


LE JUSTE.

C’est pourtant ce qu’il en est ; c’est par cette éducation que j’ai formé les héros qui combattaient à Marathôn. Mais toi, tu leur enseignes aujourd’hui à s’empaqueter tout d’abord dans des vêtements. Aussi je m’indigne, quand il leur faut danser aux Panathènæa, de les voir tenir leurs boucliers devant leur corps sans songer à Tritogénéia. Ose donc, jeune homme, me choisir, moi, le Raisonnement supérieur. Tu apprendras à détester l’Agora, à t’abstenir des bains, à avoir honte de ce qui est honteux, et, si quelqu’un te raille, à prendre feu ; à te lever de ton siège au passage des vieillards, à ne rien faire de mal à tes parents, à ne commettre aucun acte indécent, car tu dois figurer la statue de la Pudeur ; à ne pas courir après une danseuse, car si tu te mets à cette poursuite, une courtisane te jettera une pomme, et tu seras privé de ta réputation ; à ne pas contredire ton père, à ne pas lui donner le nom de Iapétos, en reprochant son âge à ce vieillard qui t’a nourri.