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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/118

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LE CHŒUR, au marchand d’andouilles.

Ô le plus cher et le plus bouillant des hommes, que ton absence nous a donné d’inquiétude ! Mais maintenant puisque tu es revenu sain et sauf, raconte-nous comment la lutte s’est passée.


LE MARCHAND D’ANDOUILLES.

Qu’y a-t-il autre chose sinon que j’ai été vainqueur au Conseil ?


LE CHŒUR.

C’est donc maintenant qu’il nous convient à tous de pousser des cris. Oui, tu parles bien ; mais tes actes sont encore au-dessus de tes paroles. Voyons, raconte-moi tout en détail. Il me semble que je ferais même une longue route pour t’entendre. Ainsi, excellent homme, parle avec confiance ; nous sommes tous ravis de toi.


LE MARCHAND D’ANDOUILLES.

Assurément, il est bon d’entendre l’affaire. En sortant d’ici, j’ai suivi notre homme sur les talons ; et lui, à peine entré, fait éclater sa voix comme un tonnerre, se déchaînant contre les Chevaliers, entassant contre eux des montagnes et les traitant de conspirateurs, comme si c’était réel. Le Conseil tout entier, en l’entendant, se laisse gagner par la mauvaise herbe de ses mensonges ; les regards s’aigrissent, les sourcils se froncent. Et moi, voyant le Conseil accueillant ses discours et trompé par ses impostures : « Voyons, m’écrié-je, dieux protecteurs de la Bassesse, de l’Imposture, de la Sottise, de la Friponnerie, de la Bouffonnerie, et toi, Agora, où je fus élevé dès l’enfance, donnez-moi maintenant de l’audace,