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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/106

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tu saurais la découper dans le vif et l’accommoder comme il faut ; mais veux-tu savoir ce qu’il me semble que tu as éprouvé ? Ce qui arrive à tout le monde. Si, par hasard, tu as gagné une toute petite cause contre un métêque, durant la nuit, tu t’es mis à marmotter, à te parler à toi-même dans les rues, buvant de l’eau, importunant tes amis ; et tu te figures que tu es capable de parler ? Pauvre fou !


LE MARCHAND D’ANDOUILLES.

Et que bois-tu donc, toi, pour que, maintenant, la ville, abasourdie par ton unique bavardage, soit réduite au silence ?


KLÉÔN.

Mais quel homme m’opposerais-tu, à moi ? Aussitôt que j’aurai avalé du thon chaud, et bu par là-dessus une coupe de vin pur, je me moquerai des stratèges de Pylos.


LE MARCHAND D’ANDOUILLES.

Moi, quand j’aurai englouti une caillette de bœuf et un ventre de truie, et, par là-dessus, bu la sauce, à moi seul, je mettrai à mal les orateurs, et j’épouvanterai Nikias.


DÈMOSTHÉNÈS.

Tes paroles ne me déplaisent point ; mais il y a une chose qui ne me va pas dans ces affaires, c’est que tu es seul à boire la sauce.


KLÉÔN.

Et toi, ce n’est pas en avalant des loups de mer que tu battras les Milésiens.