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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/95

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corder pour les biens des colons ; et par là, il se mettait en mesure de repousser ses exigences à cet égard.

Quoique cette réduction de droits eût dû être plutôt l’objet d’une loi du sénat que d’un arrêté du pouvoir exécutif, elle produisit un excellent effet en Angleterre : nous y reviendrons plus tard.

Enfin, rassuré par la lettre de Pétion et la réputation qu’il méritait par sa loyauté, D. Lavaysse quitta Kingston et arriva au Port-au-Prince le 24 octobre, encore sous l’influence de la fièvre jaune qu’il avait eue dans la colonie anglaise[1]. Le président le fît loger chez le général Boyer, dont l’accueil gracieux et l’urbanité le séduisirent immédiatement. Il trouva dans sa conversation, dans son hospitalité, dans les soins qui lui furent donnés pour son état maladif, tous les agrémens qu’il pouvait désirer ; et les aides de camp de ce général l’entouraient d’attentions.

Il témoigna de l’empressement à voir Pétion qui ta reçut avec beaucoup d’égards, en présence de plusieurs, fonctionnaires civils et militaires. Dans cette présentation, fort courte, il sollicita une audience afin d’entretenir le président de l’objet de sa mission : elle lui fut accordée pour le lendemain dans la soirée.

À l’heure assignée, le général Boyer accompagna son hôte au palais de la présidence. D. Lavaysse croyait qu’il parlerait à Pétion seul et en particulier ; mais quel ne fut pas son étonnement, en le voyant entouré des séna-

  1. D. Lavaysse vint sur le navire de Pierre Pradères, Français établi au Port-au-Prince, qui faisait le commerce avec la Jamaïque, et dont nous avons déjà parlé au 7e volume de cet ouvrage. Étant à Kingston, Pradères voyait les anciens colons et les trois agents de la France, et il tint Pétion avisé de tout ce qu’il apprit d’eux : son dévouement au président et à la République ne se démentit jamais ; car, par la suite, il rendit bien d’autres services à Haïti.