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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/89

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Dans sa lettre d’ouvertures, D. Lavaysse s’efforçait de le convaincre de la nécessité, de la convenance de reconnaître l’autorité de Louis XVIII, Roi de France, tout en la terminant par des menaces à raison de la puissance de son pays. Après avoir vociféré contre Buonaparte (son langage était celui qu’on employait alors en France, en attendant l’apothéose de Napoléon), il l’engageait à se dire : « Prenons confiance en ce Roi généreux, loyal, éclairé ; il nous fera partager les droits de sujets et de citoyens français, ce qui, certes, est préférable au sort d’être traités comme des sauvages mal faisans, ou traqués comme des nègres marrons [1]. »

Mais cette lettre, de même que le pamphlet publié à la Jamaïque sous le nom de H. Henry, que l’envoi de Dravermann auprès de Borgella, prouvaient à Pétion qu’en France, on ne se faisait nulle idée de la situation réelle des choses en Haïti. Il ne pouvait s’étonner de la prétention du gouvernement des Bourbons, de restaurer son autorité dans ce pays, puisque Napoléon lui-même en avait toujours conservé l’espoir[2]. Les menaces de l’agent n’en étaient que la conséquence ; et ignorant la teneur de ses instructions (on ne le sut qu’après et nous dirons comment), il dut le croire bien régulièrement envoyé par le gouvernement français, pour remplir une mission avouable, et muni de pouvoirs à cet effet ; l’avis même que cet agent en donnait le faisait supposer naturellement ; car il ne se présentait pas comme marchand. Il parut donc au président que ce qu’il y avait de plus convenable en une telle circonstance, c’était de mettre D, Lavaysse à

  1. Ces dernières expressions avaient paru dans l’écrit signé H. Henry.
  2. La mission de Garbage admettait cette probabilité, de même que la lettre de Prévost à Peltier.