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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/87

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viennent préparer pour leur compte ou pour celui de quelque maison de commerce, des opérations de ce genre. Deux d’entre eux se mettront le plus tôt qu’ils pourront, mais avec beaucoup de circonspection, en rapport avec Pétion et son second, Borgella ; le troisième fera de même à l’égard de Christophe[1]. Ce ne sera qu’après avoir sondé adroitement les dispositions de ces chefs, après avoir pris connaissance de leurs moyens intérieurs, de leur plus ou moins de prépondérance dans l’île, de l’esprit de toutes les classes subordonnées, qu’ils s’ouvriront davantage à eux, et ils n’iront jusque leur donner connaissance de leurs lettres de créance, que lorsqu’ils jugeront que le moment en est venu. On ne saurait, à cet égard, leur tracer une marche précise ; on s’en repose donc sur leur prudence. Lorsqu’ils en seront venus au point de traiter franchement avec ces chefs, ils discuteront un plan d’organisation politique qui leur agrée et qui soit tel que le Roi puisse consentir à l’accorder. Ils recevront de ces chefs l’assurance qu’ils adhéreront à ce plan, et que, protégés par la puissance royale, ils rangeront à l’obéissance tous leurs subordonnés. De leur côté, les agents, sans signer aucun traité formel, — chose qui ne serait pas de la dignité du Roi, — assureront aux chefs que Sa Majesté est disposée à accorder ce dont il aura été convenu, et qu’Elle le fera connaître aussitôt leur retour en France, par une déclaration émanée de sa grâce [2]. »

  1. La mission secrète de M. Liot n’avait pu être ignorée au ministère de la marine ; il a dû y faire son rapport. Mais Malouet se méprit sans doute sur l’accueil qu’il reçut dé Pétion, fondé sur ce qu’il avait été connu dans le pays pour un homme sans préjugés : c’est pourquoi il aura envoyé D. Lavaysse, chef de la mission, auprès de Pétion, en présumant encore qu’étant mulâtre, ce dernier eût été plus facile à gagner.
  2. On voit, par ces mots, que l’idée d’une Ordonnance royale fut adoptée dès lors, pour toutes concessions que les Bourbons voudraient faire aux Haïtiens. Ils avaient octroyé la