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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/86

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n’avait aucune chance pour la conquérir par les armes, il exposait des considérations qui devaient la porter à ne rien entreprendre contre elle : il concluait à la conseiller de prendre plutôt des arrangemens fondés sur les rapports commerciaux.

Cependant, convaincu que Pétion devait être déjà informé de la mission, le 6 septembre, D. Lavaysse prit le parti de lui adresser une lettre, pour l’avouer et s’assurer sans doute si, par sa réponse, le président lui permettrait de se rendre au Port-au-Prince. Cette lettre fut apportée par le capitaine du brig la Moselle, de la marine de S. M. B.[1].

Il convient de produire ici une partie des instructions données aux trois agents français, afin de caractériser la mission qu’ils reçurent du ministre Malouet :

« Le Roi, leur dit-il, a porté ses regards sur la colonie de Saint-Domingue. En conséquence, quoiqu’il ait donné ordre de faire préparer des forces majeures et de les tenir prêtes à agir, si leur emploi devenait nécessaire, il a autorisé son ministre de la marine et des colonies à envoyer à Saint-Domingue des agents pour prendre une connaissance exacte des dispositions de ceux qui y exercent actuellement un pouvoir quelconque…

De celle de ces îles où ils auront débarqué (à Porto-Rico ou à la Jamaïque), ils passeront à Saint-Domingue et ne s’y montreront d’abord que comme gens qui

  1. Pendant que D. Lavaysse faisait ses ouvertures a Pétion, le fameux Desfourneaux qui ne fut connu a Saint-Domingue que par des défaites, devenu membre de la chambre des députés en France, y présentait un rapport, le 16 septembre, sur des pétitions des colons ; il y concluait a inviter le Roi de faire une expédition contre Haïti, pour les rétablir dans leurs biens et leur restituer leurs esclaves. Selon lui, rien n’était plus facile, car Pétion et Christophe s’empresseraient de reconnaître la souveraineté du Roi légitime de la France ; et au besoin, la conquête de la colonie se ferait en peu de temps. Desfourneaux semblait viser au commandement en chef de l’expédition.