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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/72

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« Il est bon de vous observer, mon cher général, que dans la partie du pays où vous allez figurer, le système de culture a toujours été conduit sur un autre principe que dans cette partie-ci (l’Ouest). Les cultivateurs n’ayant jamais été considérés comme des citoyens actifs de la République, ils ont toujours été traités avec rigueur, avec plus ou moins d’injustice. Cet état d’abjection, ce système mal entendu, sont une des principales causes de l’insurrection qui dévore toute cette partie. Dans toutes vos tournées, vous verrez les cultivateurs ; il faut leur parler, il faut leur dire qu’ils sont libres, que le gouvernement veut qu’ils soient heureux. Il faut leur dire qu’ils ont la faculté d’aller travailler où bon leur semble, et pour tel fermier ou propriétaire qui leur fera plaisir : pourvu qu’ils travaillent, c’est tout ce que l’État exige d’eux. Ils sont considérés comme des serfs, et en conséquence, ils sont souvent tyrannisés, jamais payés. Il faut vous informer de ce qui leur est dû pour leurs portions dans les revenus, forcer ceux qui leur doivent à les payer, faire prendre soin de ceux qui sont malades. Ces actes de justice, d’équité et d’humanité ramèneront nécessairement les cultivateurs à des sentimens de modération et de confiance, parce qu’il est naturel que l’être vivant qui est bien traité conçoive de l’attachement pour celui de qui il reçoit de bons traitemens. Il faut aussi faire disparaître les voies de fait  : des gens libres ne doivent point être flagellés. Il faut encourager l’établissement des concessions que le gouvernement a accordées, parce que c’est donner à l’État du nerf par une augmentation de propriétaires.  »

Enfin, après avoir indiqué au général Bazelais ce