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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/70

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provisoirement, disaient ces instructions, pour représenter le Président d’Haïti dans les deux arrondissemens de la Grande-Anse et de Tiburon[1], il resta près de huit années consécutives à ce poste, par l’effet même des services éminens qu’il y rendit à son pays. Citons quelques passages des instructions :

« Il faut vous pénétrer, général, lui dit Pétion, de l’idée que vous allez paraître dans des quartiers battus par huit années de misères, de troubles, de révolues lions, de passions et d’intrigues, qui ont toujours été les principales causes de leurs malheurs… À votre arrivée à Jérémie, chacun viendra vous porter sa doléance, chacun vous parlera de ses hauts faits, de son patriotisme, de sa bonne intention ; et enfin, vous serez tellement tracassé par les sollicitations et les intrigues, qu’il ne vous resterait aucun temps pour vous occuper du service essentiel, si vous prêtiez l’oreille à tous ceux qui vous aborderont pour vous entretenir de leur propre intérêt. Pénétrez-vous bien de cette maxime qui est la même chez tous les peuples, et qu’il est indispensable à celui qui commande de connaître : — c’est que le citoyen qui ne vise qu’à la prospérité de l’État, n’a jamais de récompenses à demander ; il se borne à ce qui peut opérer le bien général duquel dépend le sien, et il a la confiance naturelle, que le temps et la justice lui donneront ce qu’il a mérité…

Il me reste maintenant à vous parler d’un point bien essentiel : c’est celui qui, pris à l’inverse, a souvent et trop souvent opéré le malheur de l’État et celui des officiers chargés de représenter le gouvernement dans les différens arrondissemens.

  1. Le colonel Lepage commandait celui de Tiburon et le 19e régiment.