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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/509

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les populations soumises à leurs ordres, pour mieux résister à toute entreprise contre l’indépendance de la nation.

Mais Christophe, honteux de l’échec moral, surtout, que ses institutions monarchiques venaient de subir en présence du système républicain de Pétion, s’était retiré devant lui avec des sentimens de vengeance pour compenser en quelque sorte tous les crimes qu’il avait médités, au cas où il fût resté vainqueur de la République. Il les mit à exécution aussitôt, en faisant immoler des hommes, des vieillards, des femmes, jusqu’à de pauvres enfans de la classe des mulâtres de son Royaume, bien certainement innocens des faits de défection qu’il n’attribuait qu’à deux hommes de cette classe. En agissant avec cette férocité du Tigre, il sapa lui-même les bases de son trône, par la pitié qu’il excita dans le cœur d’une foule de noirs qui s’honorèrent en se plaisant à sauver autant d’individus qu’ils purent, ou qui opérèrent de nouvelles défections en faveur de la République, en passant sous ses bannières avec ceux qui étaient dévoués à la mort. La chute du tyran n’était plus qu’une affaire de temps, parce que son régime insensé devait l’entraîner à des crimes perpétuels, et qu’il n’avait plus l’assentiment des populations.

En accueillant comme des frères, les Haïtiens que ces injustices contraignirent à abandonner leurs foyers, Pétion leur procura les mêmes avantages dont jouissaient les citoyens de la République ; et par là, il minait insensiblement le trône de son ennemi.

Mais, en ce temps-là, il ajoutait à ses principes de bienfaisance un acte d’humanité envers les populations des îles de l’archipel des Antilles, envers celles surtout qui