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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/506

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C’était le quatrième message qu’il adressait au Sénat, dans la circonstance la plus glorieuse qui se fût encore présentée depuis son avènement à la présidence, pour le tenir informé de toutes les opérations militaires et politiques qu’il avait faites ; car la constitution donnait à ce corps une large part dans l’administration des affaires publiques en général.

On aime à voir le chef de l’État comprendre ainsi son devoir, afin d’entretenir l’harmonie entre les grands pouvoirs qui le régissent, et de se donner par là une nouvelle force d’action sur l’opinion nationale. Cependant, dans la même année, le président s’en était abstenu, à propos des singulières propositions faites par Sir Home Popham, probablement parce qu’aux yeux de la République, Christophe n’étant qu’un révolté, il n’y avait pas lieu de les prendre au sérieux. Mais, par la suite, on verra que dans toutes les occasions importantes, Boyer sut toujours agir envers le Sénat avec la déférence qu’il lui devait.

Si l’abstention de Pétion occasionna quelques reproches de la part de ce corps, en 1808, c’est qu’il y avait trouvé une sorte d’esprit de chicane, une opposition intempestive, à raison des circonstances de la guerre civile qui était alors en pleine activité, et des factions qui agitaient l’État ; c’est que ces reproches mêmes étaient le résultat de la mésintelligence existante entre les meneurs du Sénat et le président, et dont nous avons signalé les causes : mésintelligence qui aboutit à la réintégration inconsidérée du général Gérin dans ce corps et à son ajournement. Mais dans la suite, Pétion sut garder envers le Sénat la déférence qui lui était due, non qu’il y trouvât moins d’indépendance, mais parce que le patrio-