Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/505

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sident n’agréait pas Cazeau qui lançait comme d’autres, sous Pétion, des traits contre le général Boyer, commandant supérieur de la garde. Boyer n’agréait pas davantage le colonel Eveillard, par des motifs analogues, et cependant ce dernier était un mulâtre[1].

Revenu à la capitale, le président adressa au Sénat le message suivant, en date du 29 décembre.

xxx« Citoyens Sénateurs,

Je vous adresse sous ce pli copie de la lettre que je reçus, le 20 octobre dernier, étant campé à Pongaudin, près des Gonaïves, de quelques généraux du Nord qui s’intitulaient « les organes du peuple et de l’armée, » et de la réponse que je leur fis le 22, étant alors au Poteau, à même de prendre la route du Cap.

« Dirigé par la prospérité de mon pays, j’ai cru prudent, eu prenant les précautions nécessaires pour accélérer la marche vers le Nord, de laisser ignorer à l’armée le contenu de cette dépêche virulente, afin de ne point l’exaspérer contre ceux qui en étaient les auteurs et dont j’ai paralysé complètement les vues particulières. Maintenant que la tranquillité est parfaite[2], je pense qu’il est important que le Sénat ait une entière connaissance de ce qui s’est passé, et que les copies des pièces aussi conséquentes restent déposées dans ses archives.

J’ai la faveur de vous saluer, citoyens sénateurs, avec la considération la plus distinguée. Signé : Boyer. »

  1. À ce sujet, l’histoire doit faire remarquer, que Boyer ne voulut jamais, comme Pétion, donner un commandant supérieur aux divers corps de troupes formant sa garde : leurs colonels recevaient directement ses ordres. Durant les 25 années de sa présidence, l’arrondissement du Port-au-Prince même n’eut toujours que des commandans à titre provisoire, qui recevaient aussi, directement, ses ordres pour les moindres affaires.
  2. Le même jour, 29 décembre, où Boyer écrivait cette phrase, le général Magny lui adressait une lettre par laquelle il lui dénonçait Richard, comme tramant une vaste conspiration contre la République ; mais il ne pouvait encore savoir cette particularité.