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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/470

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qualifiant ainsi, c’eût été tout d’abord une reconnaissance de l’indépendance et de la souveraineté d’Haïti : ce que la France ne pouvait pas faire, il faut l’avouer[1]. Certainement, il eut raison d’être indigné de la conduite de son gouvernement de 1814, dans la mission de Dauxion Lavaysse et consorts ; mais Pétion, qui ne s’abusait point sur les projets odieux que ce gouvernement avait conçus, se conduisit avec plus d’habileté en cette occasion ; et en définitive, son système politique a obtenu ce qu’il avait voulu.

Christophe ne voulait traiter avec la France, que sous la médiation de la Grande-Bretagne. Pétion avait désiré aussi obtenir cette médiation ; mais on a vu que cette puissance la déclina. L’eût-elle accordée à Christophe, quand elle ne l’a jamais reconnu officiellement, selon les formes diplomatiques, ni en sa qualité de Président-Généralissime, ni en celle de Roi ? Cependant, la conduite tenue à Haïti par les officiers de sa marine, a prouvé que ses sympathies étaient plutôt en faveur du Nord que de l’Ouest ; mais il n’y a eu rien d’officiel de la part de son gouvernement : il a laissé ses nationaux exploiter le monopole qui leur était à peu près assuré sous Christophe, et les avantages commerciaux que leur accorda Pétion. Pétion a donc bien agi, dans l’intérêt de son pays, en admettant le commerce français dans les ports de la République ; il en a fait son auxiliaire le plus puissant pour plaider la cause de l’indépendance d’Haïti. Toutefois, la Grande-Bretagne l’a plaidée aussi ; elle l’a servie puissamment par sa sollicitude pour l’abolition de la traite

  1. À l’égard d’Haïti, la France était dans une autre situation que les États-Unis, par exemple, dont le gouvernement avait nommé un agent commercial pour résider « au Cap-Français de Saint-Domingue. »